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Un industriel, trois politiques... Qui sont les six hommes qui comparaissent lundi dans le procès Karachi ?

Jane Jane Temps de lecture 4 minutes
Un industriel, trois politiques... Qui sont les six hommes qui comparaissent lundi dans le procès Karachi ?
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CORRUPTION Un industriel, deux intermédiaires et trois politiques doivent comparaître ce lundi au tribunal correctionnel de Paris dans le premier procès de l’affaire

Edouard Balladur, en 1995. Edouard Balladur, en 1995. — STEVENS FREDERIC/SIPA

Un premier procès pour une affaire tentaculaire. Six hommes sont jugés ce lundi au tribunal correctionnel de Paris dans le cadre de l’affaire Karachi, vieille de plus de vingt ans. Au cœur du dossier : des soupçons de commissions occultes en marge de la campagne présidentielle malheureuse d' Edouard Balladur en 1995.

Plus précisément, les soupçons portent sur des sommes réglées à des intermédiaires, le « réseau K », en marge de la vente de frégates à l’Arabie saoudite (contrat Sawari II) et de sous-marins au Pakistan (Agosta). Ce sont ces sommes, des rétrocommissions illégales, qui auraient servi, selon l’accusation, à financer la campagne d’Edouard Balladur. Un industriel, deux intermédiaires et trois politiques doivent comparaître.

Dominique Castellan, l’industriel

Dominique Castellan, 82 ans, était à l’époque PDG de la branche internationale de la Direction des constructions navales (devenue Naval Group), la DCNI. Aujourd’hui retraité, il sera jugé pour abus de biens sociaux.

Il lui est reproché d’avoir, sur instructions du ministère de la Défense, fait entrer dans les négociations Agosta un deuxième réseau d’intermédiaires, pourtant « inutile » puisqu’un premier réseau était déjà opérationnel, à des conditions financières ultra-favorables.

L’accusation lui reproche d’avoir rémunéré ce « réseau K » plus de 190 millions de francs (28 millions d’euros) en toute connaissance de cause. Son avocat, Alexis Gublin, plaidera la relaxe. Il soutient que les efforts de corruption, à l’époque licites, du « réseau K », avaient été utiles.

Les intermédiaires du « réseau K »

Ziad Takieddine, dans son appartement à Paris, en 2012. Ziad Takieddine, dans son appartement à Paris, en 2012. - ANTONIOL ANTOINE/SIPA

Ziad Takieddine. Le sulfureux homme d’affaires franco-libanais de 69 ans est soupçonné d’avoir perçu des dizaines de millions d’euros de commissions « indues » avec les deux autres membres du réseau, Abdul Rahman Al Assir et Ali Ben Moussalem, décédé depuis. Selon l’accusation, une petite partie de cet argent, les « rétrocommissions », a atterri sur les comptes de la campagne Balladur.

Ziad Takieddine connaissait François Léotard avant que celui-ci soit nommé ministre de la Défense, entretenait alors de bonnes relations avec Renaud Donnedieu de Vabres, proche conseiller de Léotard, et était ami avec Thierry Gaubert, engagé dans la campagne Balladur.

Un temps écroué, il devra répondre de complicité et recel d’abus de biens sociaux au préjudice de la DCNI et de la Sofresa.

Pendant l’enquête, il avait affirmé avoir remis 6 millions de francs (moins d’un million d’euros) à Thierry Gaubert sur demande de Nicolas Bazire, directeur de la campagne Balladur, ce que les intéressés réfutent. « Ce n’était pas relié expressément dans son esprit à un financement de Balladur », affirme aujourd’hui son avocate Elise Arfi.

Il sera par ailleurs jugé pour fraude fiscale, blanchiment ou encore faux témoignage sous serment.

Abdul Rahman Assir. L’associé de Ziad Takieddine au sein du « réseau K » se voit reprocher les mêmes accusations de complicité et recel d’abus de biens sociaux. Comme Takieddine, l’homme d’affaires espagnol d’origine libanaise, qui vit en Suisse, soutient que l’intervention du « réseau K » a débloqué les contrats Agosta et Sawari II, donc que les commissions étaient justifiées. Sa présence au procès est peu probable.

Les politiques

Nicolas Bazire, en juin 2018. Nicolas Bazire, en juin 2018. - ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Renaud Donnedieu de Vabres. Alors le plus proche collaborateur du ministre de la Défense François Léotard, il sera jugé pour complicité et recel d’abus de biens sociaux. L’accusation reproche au ministère d’avoir imposé le « réseau K » aux industriels.

Pendant l’enquête, Renaud Donnedieu de Vabres, devenu consultant notamment dans le domaine culturel, avait réfuté tout financement politique, disant n’avoir jamais entendu parler de rétrocommissions.

Thierry Gaubert. A l’époque membre du cabinet du ministre du Budget Nicolas Sarkozy, engagé dans la campagne Balladur, il est poursuivi pour avoir rapatrié des fonds remis par son ami Takieddine pour « assurer le financement » de la campagne Balladur. Et notamment pour avoir permis le versement de 10,25 millions de francs en espèces sur le compte de campagne de Edouard Balladur le 26 avril 1995, après sa défaite.

Aujourd’hui consultant, Thierry Gaubert, 68 ans, est poursuivi pour recel d’abus de biens sociaux. Lui qui avait plusieurs fois rejoint Ziad Takieddine à Genève et avait ouvert un compte en Suisse réfute tout financement occulte du camp Balladur.

Nicolas Bazire. Dirigeants du groupe de luxe LVMH, cet ancien officier de marine était, au moment de l’affaire, directeur de cabinet du Premier ministre Balladur (1993-1995) puis directeur de sa campagne présidentielle. Il sera jugé pour complicité et recel d’abus de biens sociaux.

L’accusation lui reproche d’avoir, quand il était à Matignon, validé l’introduction du « réseau K » dans les négociations. Et d’avoir, en tant que directeur de la campagne Balladur, téléguidé l’arrivée des 10,2 millions sur le compte de la campagne.

Lui aussi a réfuté toute connaissance de rétrocommissions et toute participation à un financement politique.

Jane
Édité par Jane
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